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Lire la Revue n° 879 en ligne

Saviez-vous que Reclams, fondée en 1897, était la troisième plus ancienne revue de France à paraitre encore régulièrement (même si sa périodicité a quelque peu changé au cours de son histoire) ? Aujourd'hui, elle parait tous les trois mois, au rythme des saisons, et nous en sommes cet été au 879e numéro.

Un numéro qui peut se déguster, comme une bonne pêche, à l'ombre, qui reste l'endroit le plus agréable pour lire quand le soleil tape fort. Un fruit, ou une salade composée de fruits aussi variés que l'est le nouveau numéro de Reclams que nous vous présentons.

Il est temps d'en dévoiler le contenu dans l'ordre. Vous trouverez les fruits savoureux de la science cueillis par Maurice Romieu ; l'acidité est fournie par Volodymyr Yernolenko (traduit de l'ukrainien par J.-F. Brun) ; une petite touche glacée est apportée par J.-M. Dordeins, vous y gouterez les pommes de Bretagne et de Galice d'Álvaro Cunqueiro, traduites par Joaquim Blasco ; et d'autres fruits de l'été encore : les fraises avec "Pèir, Alma e jo" d'A.-P. Darrées ; les groseilles de F. Vayrette-Péchali avec "Espiars" ; les myrtilles du val d'Aran et du Couserans de Xavi Gutiérrez Riu et Estella Harris ; les cerises du Limousin, du Pays basque et du Languedoc de Domenja Decamps, de Gabriel Aresti (dans une version occitane d'Escotarròbi) et de Loïsa Paulin.

Nous assaisonnerons le tout avec des morceaux de banane offerts par Eric Astié dans son "Poèma Fantauma", et nous terminerons avec des quartiers d'orange : les mythes du monde d'Andrèa Pèiraneras, ainsi que l'actualité numérique et littéraire, toujours rédigée par Anne-Pierre Darrèes.

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Tempête au Pic du Midi

JEAN MICHEL DORDEINS

La tempête annoncée arriva soudainement et prit rapidement de l’ampleur. En une heure, elle atteignit toute sa violence. Le ciel était passé du gris au noir. Il fallut allumer les lumières. Les scientifiques abandonnèrent leurs ordinateurs pour se regrouper dans la grande salle. À travers la baie vitrée, ils observaient, fascinés, les rafales de neige poussées par le vent qui balayaient la terrasse.

— Une tempête maintenant, et rien ne fonctionne ! Merci pour l’hospitalité bigourdane ! grommela Amara, l’astrophysicien anglais invité à l’observatoire du Pic du Midi. La prochaine fois, je resterai chez moi ; je préfère encore le smog londonien.

— C’est vrai, cher collègue, nous n’avons pas été épargnés, lui répondit Lidia d’un ton apaisant. Mais nous avons toute une réserve de vin de Bigorre, une IGP qui mérite vraiment d’être connue. Et, ajouta-t-elle en voyant la moue toujours renfrognée de l’Anglais, je suis certaine qu’en cherchant bien, je trouverai aussi quelques bières.

Ces paroles eurent pour effet de détendre l’atmosphère et quelques sourires apparurent sur les visages. Seul Thomas, l’ingénieur électronicien retraité, restait plongé dans ses pensées. Il avait repoussé son bonnet sur l’arrière du crâne et tripotait d’une main hésitante la petite touffe de cheveux qui lui restait.

— En quarante-trois ans de carrière, j’ai vu des tempêtes, mais une comme celle-ci, jamais ! Le vent dépasse certainement les cent-vingt kilomètres à l’heure annoncés !

À cet instant, la lumière vacilla, clignota, puis s’éteignit complètement, provoquant un grand « Oh ! » échappé de toutes les bouches, à moitié amusées, à moitié effrayées. Louise, la directrice, en véritable maitresse des lieux, prit les choses en main.

— Pas de panique, je vais vous expliquer la situation. Restez calmes, tout est prévu. Je vais basculer sur l’alimentation de secours ; j’en ai pour une minute. Patrice, contacte le CNES. Et vous, général Marc, le Commandement de l’Espace. Ce serait bien aussi que quelqu’un appelle Bagnères pour connaitre la situation.

À la lumière vacillante de son téléphone portable, Louise se glissa par la porte du fond. On l’entendit appuyer sur le bouton de l’ascenseur avant de laisser éclater une belle série de jurons contre cette fichue machine qui, évidemment, ne fonctionnait plus sans électricité.

Un à un, les téléphones s’allumèrent et leurs faisceaux lumineux balayèrent la pénombre de la salle. Alors, comme une tribu d’Homo sapiens rassurée par la lumière protectrice du feu, les scientifiques sortirent de leur stupeur pour laisser place à la volonté d’agir. Les « il faut », « on va faire », « allons-y tous », « je pense que » fusèrent de toutes parts. Les discussions battaient leur plein lorsqu’on entendit : Toc ! Toc ! Toc ! Trois coups bien distincts. Tous se turent, persuadés d’avoir rêvé. Était-ce un signe du ciel, des étoiles, de quelque arbitre sidéral annonçant la fin de leur répit ?

Toc ! Toc ! Toc ! Les trois coups retentirent de nouveau, identiques, provenant de la porte de sécurité qui donnait sur la terrasse. Lidia alla ouvrir et découvrit un spectacle surréaliste, irréel : une silhouette humaine entièrement blanche de neige se tenait là, debout dans la tourmente. Elle tenait à la main le guidon de ce qui semblait être une bicyclette, elle aussi recouverte d’une épaisse couche de poudreuse.

L’apparition articula d’une voix souriante…

La tempête annoncée arriva soudainement et prit rapidement de l’ampleur. En une heure, elle atteignit toute sa violence. Le ciel était passé du gris au noir. Il fallut allumer les lumières. Les scientifiques abandonnèrent leurs ordinateurs pour se regrouper dans la grande salle. À travers la baie vitrée, ils observaient, fascinés, les rafales de neige poussées par le vent qui balayaient la terrasse.

— Une tempête maintenant, et rien ne fonctionne ! Merci pour l’hospitalité bigourdane ! grommela Amara, l’astrophysicien anglais invité à l’observatoire du Pic du Midi. La prochaine fois, je resterai chez moi ; je préfère encore le smog londonien.

— C’est vrai, cher collègue, nous n’avons pas été épargnés, lui répondit Lidia d’un ton apaisant. Mais nous avons toute une réserve de vin de Bigorre, une IGP qui mérite vraiment d’être connue. Et, ajouta-t-elle en voyant la moue toujours renfrognée de l’Anglais, je suis certaine qu’en cherchant bien, je trouverai aussi quelques bières.

Ces paroles eurent pour effet de détendre l’atmosphère et quelques sourires apparurent sur les visages. Seul Thomas, l’ingénieur électronicien retraité, restait plongé dans ses pensées. Il avait repoussé son bonnet sur l’arrière du crâne et tripotait d’une main hésitante la petite touffe de cheveux qui lui restait.

— En quarante-trois ans de carrière, j’ai vu des tempêtes, mais une comme celle-ci, jamais ! Le vent dépasse certainement les cent vingt kilomètres à l’heure annoncés !

À cet instant, la lumière vacilla, clignota, puis s’éteignit complètement, provoquant un grand « Oh ! » échappé de toutes les bouches, à moitié amusées, à moitié effrayées. Louise, la directrice, en véritable maitresse des lieux, prit les choses en main.

— Pas de panique, je vais vous expliquer la situation. Restez calmes, tout est prévu. Je vais basculer sur l’alimentation de secours ; j’en ai pour une minute. Patrice, contacte le CNES. Et vous, général Marc, le Commandement de l’Espace. Ce serait bien aussi que quelqu’un appelle Bagnères pour connaître la situation.

À la lumière vacillante de son téléphone portable, Loïsa se glissa par la porte du fond. On l’entendit appuyer sur le bouton de l’ascenseur avant de laisser éclater une belle série de jurons contre cette fichue machine qui, évidemment, ne fonctionnait plus sans électricité.

Un à un, les téléphones s’allumèrent et leurs faisceaux lumineux balayèrent la pénombre de la salle. Alors, comme une tribu d’Homo sapiens rassurée par la lumière protectrice du feu, les scientifiques sortirent de leur stupeur pour laisser place à la volonté d’agir. Les « il faut », « va faire », « allons-y tous », « je pense que » fusèrent de toutes parts. Les discussions battaient leur plein lorsqu’on entendit :

Toc ! Toc ! Toc !

Trois coups bien distincts.

Tous se turent, persuadés d’avoir rêvé. Était-ce un signe du ciel, des étoiles, de quelque arbitre sidéral annonçant la fin de leur répit ?

Toc ! Toc ! Toc !

Les trois coups retentirent de nouveau, identiques, provenant de la porte de sécurité qui donnait sur la terrasse. Lidia alla ouvrir et découvrit un spectacle surréaliste, irréel : une silhouette humaine entièrement blanche de neige se tenait là, debout dans la tourmente. Elle tenait à la main le guidon de ce qui semblait être une bicyclette, elle aussi recouverte d’une épaisse couche de poudreuse.

L’apparition articula d’une voix souriante…

Buon pomeriggio, ecco le pizze che avete richiesto.

(suite dans la revue)

Texte primé au concours d’expression bigourdane en 2025.
En lien avec le livre Tempête d’au-delà.

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