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Editorial 853

de Sèrgi Javaloyès & Maurici Romieu Revue N° 853 / 2019

Une revue sur Pau ? Pourquoi pas ? Il nous a semblé, au moment de la préparer, que cela était nécessaire – il faut reconnaître que la capitale du Béarn n’a pas souvent été traitée par Reclams. Pourtant, le Félibrige gascon y est né le 2 janvier 1896, au 24 rue des Cordeliers à Pau, dans une maison appartenant à Adrien Planté, maire d’Orthez ; il s’y est réuni souvent pendant une cinquantaine d’années. La nouvelle association fut baptisée, sur la proposition de Pierre-Daniel Lafore, Escole Gastoû-Febus. Un bureau fut élu : présidents d’honneur, Vastin Lespy et Isidore Salles ; secrétaire d’honneur, Jean Passy ; président : Adrien Planté ; viceprésidents, le docteur Dejeanne et l’abbé Labaigt-Langlade ; secrétaires : Michel Camélat et Pierre-Daniel Lafore.

C’est à Pau que se réunirent, après cette naissance, le Bureau et le Comité, et c’est dans cette ville que la première revue vit le jour en février 1897 ; c’est ici aussi que l’Escòla invita Édouard Bourciez, professeur, philologue à l’université de Bordeaux, le 23 mars 1900, pour qu’il propose à l’Escòla une graphie que le Félibrige béarnais et gascon puisse utiliser et préconiser ; c’est dans cette ville qu’elle organisa la venue de Frédéric Mistral, à l’occasion des fêtes félibréennes de Pau, les 24, 25 et 27 mai 1901 ; un texte, plus loin dans ce numéro, vous raconte son arrivée à la gare de Pau.

Vous trouverez dans ce numéro des textes en prose et des poésies de nos prédécesseurs et aussi des générations suivantes. Bien sûr, les maîtres félibres préféraient la campagne à la ville, parce qu’ils pensaient que la langue y était encore vivante et respectée. Quand on lit Le Bal des célibataires de Pierre Bourdieu[1], on voit clairement que la langue avait déjà perdu, avant l’année 1940, dans les bourgs et les villes et tout particulièrement à Pau, sa valeur sociale et symbolique. Désormais, la langue française est la langue de la modernité, celle de l’école et donc celle de la promotion sociale. À tout le moins, pour certains…

1. Pierre Bourdieu, Le Bal des célibataires, crise de la société béarnaise, essais, éd. seuil, 2002.

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